Petits coupons patiemment collectés...Citronille et Petite Emilienne m'ont bien aidée.Sentir le tissu sous les doigts, fermer les yeux, les rouvrir sur la petite chemise imaginée, peser la couleur, hésiter sur la forme... égrener les noms, flanelle, popeline, coton, sergé, velours milleraies... Ces petits mots si mystérieux mais plein de promesses quand maman les prononçaient. Nos après midis à nous, dans des piles de grosses étoffes, roulées sur les cartons, en ronds, en rectangles, que la marchande déroulait doucement sous nos yeux gourmands. La magie du rêve et de la création, le partage de l'imaginaire qui deviendrait réalité...Prendre 1mètre en 140, mais si c'est 150 prendre une hauteur de manche.. l'arythmétique et la géométrie se mélaient, dans les ciseaux de la vendeuse, et ces connivences de femmes qui me laissaient songeuse, consciente de ces sagesses que je n'aurai jamais.

Je ne sais toujours pas coudre, mais je veux partager toujours ces mots et sensations magiques.

Et revivre avec mes enfants, la douceur de la soie, du coton, des couleurs, mélangés, pour en faire des pièces uniques. Uniques de ce que j'aurais été farfouiller pour trouver la petite toile originale, des boutons que j'aurais été dégoter,  du patron sur internet,  des rires revenus avec Maman qui râle de la même façon qu'il y a vingt ans quand je lui expose mes merveilles en lui expliquant combien ça va être facile, et rapide de tout faire... et voir ses yeux qui n'osent pas être fiers quand pourtant le trésor est réalisé... et mon petit bonhomme qui se livre bien volontiers aux essayages et zézaille qu'il est bien beau avec la semise de mamie.

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