Des années durant, elle a continué à faire partie de ma vie. La Grande K, la redoutable de ma mémoire d'enfant. Celle qui me pourchassait dans la cour de récréation avec ses vers de terre, tout tortillés, émoustillés de puissance terrorisante. Celle avec qui je faisais les 400 coups, ma première fugue à 6 ans, au grand dam de ma maîtresse.Je la trimballais la Grande K, une revanche à prendre, des rires à retrouver. Je grandissais, elle était toujours là.Je la cherchais vaguement mais peureusement, des fois qu'à travers internet ce ne soit finalement qu'un ersatz sérieux et triste qui ne me réponde.

Hier, elle est revenue.

Son nom s'est affiché, une photo aussi. Une belle femme au visage rieur, les mêmes yeux déterminés, le visage appelant sans peur  la vie. Un mot après l'autre, d'abord, puis des flopées, toutes ses années s'engloutissaient, j'avais 5 ans, la balançoire, les bus de retour d'école, les fâcheries et les fous rires... partage de souvenirs, il y en a tant. Heureux. Notre île d'enfance. le terreau sur lequel nous avons grandi. La Grande K m'avait appris, malgré elle, bien des choses. J'ai poussé dessus. 

Et au delà du temps, des kilomètres, un rire informatique, la complicité de gamines qui chuchotent dans le noir, on ne s'arrête plus, des confidences, un secret même, "secret d'enfant" lui dis je, "secret de femme " me répond elle. Nous avons grandi c'est vrai, mais ensemble apparemment.

Re bienvenu dans ma vie, la Grande K. T'en es jamais partie.